Café-philo du 14 novembre 2007 au Café des Arts à Poitiers

14 personnes présentes.

Sujets proposés :

  1. À quoi servent les élites ? [4]
  2. L’argent permet-il de tout acheter ? [7] sujet débattu
  3. L’argent permet-il de tout vendre ? [2]
  4. Quel goût a l’effort ? [2]
  5. Peut-on se passer du quotidien ? [4]
  6. Faut-il un début à tout ? [4]
  7. Qui aime le contact humain ? [2]
  8. C’est quoi l’argent ? [3]
  9. Est-ce que l’argent tri ? [3]

– On peut, peut-être, répondre oui à cette question mais en apportant immédiatement la précision suivante ; oui, mais dans un système donné. Autrement dit, le système libéral capitaliste qui privilégie le développement des relations marchandes, par le biais desquelles tout serait commercialisable.
– Il n’y a pas, dans l’idée de tout acheter, l’idée unique de tout posséder. On peut en effet acheter un bien et donc accumuler de la propriété, mais aussi acheter un service. L’un est possession et l’autre usufruit.
– Le malheur et le bonheur sont ils les limites de l’argent ?
– L’argent a-t-il une valeur intrinsèque et quelle est sa valeur ?
– L’argent constitue un des leviers du pouvoir, mais l’inverse et le contraire ne semblent pas systématiquement vrai : le pouvoir ne donne pas toujours accès à l’argent et il n’a pas systématiquement besoin de l’argent pour s’exercer.
– La proposition sous-jacente de ce thème est : l’argent peut il tout corrompre ?
– Le seul pouvoir vrai de l’argent, c’est le pouvoir d’acheter. C’est un moyen. Il est donc évident que plus on en possède, plus on peut acheter ; au moins théoriquement. Encore faut-il que tout ce que l’on veut acheter soit à vendre ! Et la question est justement là : peut on acheter ce qui n’est pas à vendre, c’est-à-dire ; l’argent est il si puissant qu’il puisse mettre sur le marché, ce qui a priori n’est pas à vendre ?
– Il y a des objets qui ne sont pas vendables : les sentiments, l’immortalité,… mais on peut, en revanche vendre l’illusion des sentiments, de l’immortalité. Certains thuriféraires n’hésitent pas à vendre des parcelles de lune, quand d’autres se contentent de « refourguer » la vie éternelle, ou encore d’autres illusionnistes prévoient l’avenir aussi facilement qu’ils organisent un défilé de mode !
– On ne peut pas acheter ce qui relève du bien public, puisqu’il appartient à la collectivité, mais on peut acheter les services qu’il rend. On ne peut non plus acquérir ce que la morale réprouve.
– Par un effet de perversion, le bien public, c’est-à-dire le bien collectif devient la propriété de l’État qui s’autorise à le privatiser. Une fois encore, c’est bien le système politico-économique qui détermine les limites de ce qui est vendable et de ce qui ne l’est pas. C’est également l’État qui édicte les règles éthiques qui structurent entre autre, les rapports commerciaux. On peut repérer les enjeux actuelles autours des questions génétiques (manipulations d’embryons, mères porteuses, clonage,..) dont on peut entrevoir les retombées médicales mais aussi économiques. Ainsi, dans le cadre du marché, l’argent a un pouvoir régulé par les règles qui sont édictées par les états, de façon de plus en plus coordonnée. On peut dire que c’est le pouvoir objectif ou rationnel ou limité ou encore officiel de l’argent. Mais l’argent n’a pas qu’une valeur fiduciaire, c’est-à-dire qui ne vaudrait que la somme qu’on lui assigne et qui figure sur le billet ou sur la pièce. Il a aussi une valeur symbolique. La valeur de l’argent est symbolique en ce qu’elle représente, pour chacun et de manière différente, un moyen d’accéder au bonheur par sa capacité à répondre à un désir, c’est-à-dire à combler un manque (Ce point de vue ne résout d’ailleurs pas la question de la conscience ou non du sens de notre transaction). Il y a un écart entre la valeur objectivée de la chose et celle que chacun lui accorde. Ainsi, lorsque l’on dit de certaines choses qu’elles n’ont pas de prix, que cherche-t-on à signifier ? Peut-être que d’une part, nous n’avons pas pu objectivement calculer le coût de la chose en question et qu’elle est donc inestimable. Mais en cela, la recherche de rationalité permet toujours de trouver une solution pour fixer un prix. Ne peut-on pas, par exemple, légiférer sur le prix de la vie humaine. On peut également laisser au marché, le soin de fixer son propre prix, dans un cadre officiel ; ce sont les enchères. On entre alors, même si la forme des transactions est garantie par certaines règles, dans le règne de l’intersubjectivité (voir le prix des œuvres d’art). « Ce que représente cette chose pour moi, m’incite à payer tel prix, que je propose à l’achat. Ce que représente cette chose pour moi, m’incite à en demander tel prix. Avec cette somme, je pourrais me payer telle autre chose qui représente plus que ce que je vends ». Laissons tomber les formes officielles des enchères pour entrer dans le monde parfois sordide de la transaction non réglementée, sauvage, directe, entre acheteur et vendeur (ou consommateur). Tout devient achetable/vendable (ou consommable), à partir de moment où se retrouvent en présence deux subjectivités qui arrivent à se mettre d’accord sur le prix de l’objet de la transaction, prix estimé à l’aune de ce que cela représente pour chacun d’entre elles, pour accéder au bonheur, au plaisir, à la jouissance. Car en fait, tout Homme ne cherche rien d’autre que d’accéder au bonheur. Pour chacun d’entre nous, le bonheur prendra des formes diverses certes, mais notre conception du bonheur ne saurait être totalement indifférente aux conditions de vie dans lesquelles nous vivons. Il paraît ainsi assez naturel que, dans un contexte de société où la propriété et la consommation sont les guides suprêmes, nos représentations individuelles du bonheur aillent également dans cette direction.
– L’argent ne fait pas le bonheur car il faut avant tout avoir une disposition d’esprit au bonheur pour pouvoir utiliser son argent dans le sens de la construction de son bonheur.
– L’argent, en soi, n’a pas de valeur intrinsèque ; c’est une illusion. Il n’a de valeur que par ce qu’il permet d’accéder à un objet, représentation subjective du bonheur. Toute transaction financière devient alors une transaction pour le bonheur.
– L’argent peut parfois jouer un rôle de tiers apaisant dans les rapports interpersonnels. Par exemple, lorsqu’une personne chère est tuée dans un accident, l’intervention de la justice puis l’intervention d’un dédommagement peut permettre, aussi cynique que cela soit, d’éviter le face à face entre coupable et victime. L’argent devient un tiers pacificateur. Mais ceci reste, plus que jamais, vrai dans une société donnée.
– Si tout s’achète, alors tout se vend ; toute relation devient objet de transaction.
– Même si nous évoluons dans une société marchande, il y a beaucoup d’actes gratuits. Cela semble être une saine réaction face à la mercantilisassions des rapports inter personnels : peut être même une réaction de survie qui permettrait de redimensionner de manière plus fondamentale les relations humaines.
– Pourquoi paye t’on les psychothérapeutes ?
– Pour qu’ils vivent, pour que cela fasse tiers entre le patient et le thérapeute, pour que cela coûte au patient ; réellement et symboliquement.
– C’est une spécificité humaine d’acheter et de vendre, c’est-à-dire de faire des transactions pour obtenir quelque chose. L’argent constitue ainsi un tiers médiateur dans l’interaction. Mais il y a quelque chose à la limite de l’humain, à considérer que tout serait monnayable. Ainsi, si tout s’achète, quelle est la place des sentiments, des émotions ?
– L’argent fait passer les rapports interpersonnels d’une dimension relationnelle à une dimension transactionnelle. C’est le règne de l’homo economicus.
– Même dans les sociétés premières où l’argent n’avait pas « droit de cité », les rapports de dominations étaient présents. Quelle est la place du don et du contre don dans les rapports entre les personnes ?

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