Café-philo du 11 mars 2015 au Café des Arts à Poitiers

18 présent(e)s

Sujets proposés :

  1. Comment nait un mythe ? [5]
  2. Que gagne t-on à perdre ? [6]
  3. Qu’est-ce qui définit la norme ? [9] sujet débattu.
  4. Y a-t-il des risques utiles ? [4]
  5. Peut-on désirer savoir pour savoir ? [7]
  6. Y a-t-il un rapport entre la liberté et vivre ? [6]

Mercredi 1er avril 2015 : L’invité du mois

 Information dans la rubrique “Lieu, dates et règles du café-philo” 

 En particulier, voir le paragraphe “S’abonner”

 Sujets proposés (le 4 mars)

  1. Le Mal [8]
  2. Qu’est-ce qu’être libre ? [7]
  3. La propriété est-elle un droit ? [7]

Aller voir, au 4 mars,  l’ajout (en pièces jointes) concernant le sujet  L’Histoire a-t-elle un sens ?:

Résumé et Intégrale du texte ayant servi de base à l’intervention de Louis Girard, l’invité du mois.

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1 commentaire

    • Hugues on 21 mars 2015 at 0 h 17 min
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    Alain (Émile Chartier), Mars ou la guerre jugée (1936).
    LXXXIV, De la neurasthénie.

    L’État est aisément neurasthénique. Mais qu’est-ce qu’un neurasthénique? C’est un homme pensant, je veux dire instruit et fort attentif à ses opinions et à ses affections ; attentif en ce sens qu’il en est le spectateur. Et c’est en cela que consiste ce genre de folie, à constater ses propres opinions au lieu de les choisir et vouloir. Comme un homme qui, conduisant une automobile à un tournant, se demanderait : « Je suis curieux de savoir si je vais sauter dans le ravin. » Mais c’est justement son affaire de n’y point sauter. De même le neurasthénique se demande : « Est-ce que je serai gai ou triste aujourd’hui? Est-ce que j’aurai de la volonté ou non ? Que vais-je choisir ? Je suis curieux de le savoir. » Mais il ne vient jamais à cette idée si simple de décréter au lieu d’attendre, pour les choses qui dépendent de lui.

    Or ce genre de folie n’est jamais complet dans l’individu. Communément, dans les circonstances qui importent, il cesse d’attendre et se met à vouloir, résistant aux vices et aux crimes mieux qu’à la tristesse, et plutôt malheureux que méchant. Cette maladie singulière me paraît au contraire propre à tout État ; et par là j’explique que ce grand corps soit toujours malheureux et souvent dangereux. Et voici pourquoi. Chacun a pu remarquer, au sujet des opinions communes, que chacun les subit et que personne ne les forme. Un citoyen, même avisé et énergique quand il n’a à conduire que son propre destin, en vient naturellement et par une espèce de sagesse à rechercher quelle est l’opinion dominante au sujet des affaires publiques.
    « Car, se dit-il, comme je n’ai ni la prétention ni le pouvoir de gouverner à moi tout seul, il faut que je m’attende à être conduit ; à faire ce qu’on fera, à penser ce qu’on pensera. »

    Remarquez que tous raisonnent de même, et de bonne foi. Chacun a bien peut-être une opinion; mais c’est à peine s’il se la formule à lui-même ; il rougit à la seule pensée qu’il pourrait être seul de son avis. Le voilà donc qui honnêtement écoute les orateurs, lit les journaux, enfin se met à la recherche de cet être fantastique que l’on appelle l’opinion publique. « La question n’est pas de savoir si je veux ou non faire la guerre, mais si le pays veut ou non faire la guerre. » Il interroge donc le pays. Et tous les citoyens interrogent le pays, au lieu de s’interroger eux-mêmes.

    Les gouvernants font de même, et tout aussi naïvement. Car, sentant qu’ils ne peuvent rien tout seuls, ils veulent savoir où ce grand corps va les mener. Et il est vrai que ce grand corps regarde à son tour vers le gouvernement, afin de savoir ce qu’il faut penser et vouloir. Par ce jeu, il n’est point de folle conception qui ne puisse quelque jour s’imposer à tous, sans que personne pourtant l’ait jamais formée de lui-même et par libre réflexion. Bref, les pensées mènent tout, et personne ne pense. D’où il résulte qu’un État formé d’hommes raisonnables peut penser et agir comme un fou.

    Et ce mal vient originairement de ce que personne n’ose former son opinion par lui-même ni la maintenir énergiquement, en lui d’abord, et devant les autres aussi.
    Posons que j’ai des devoirs, et qu’il faudra que j’obéisse. Fort bien. Mais je veux obéir à une opinion réelle ; et, pour que l’opinion publique soit réelle, il faut d’abord que je forme une opinion réelle et que je l’exprime ; car si tous renoncent d’abord, d’où viendra l’opinion ? Ce raisonnement est bon à suivre, et fait voir que l’obéissance d’esprit est toujours une faute.

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